Le lapsus circulaire Prologue

“Je ne suis pas tout à fait celui que vous croyez.”

Jean Ricardou, Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, passim (in Révolutions minuscules, seconde édition, Les Impressions nouvelles, 1988).

 

25 août 1972

Il me dit enfin le nom de la rue où lui et sa famille habitaient à Cannes: — Rue Louis Braille. — Pourquoi as-tu toujours refusé de le dire: trop éminemment convenable? — Pourquoi? — Qui était Louis Braille? — Un aveugle. (sur un ton sec comme s’il suspectait un piège)Qu’a-t-il fait? — Il a aidé les aveugles. — En faisant quoi? — Une méthode de lecture. — Oui, et d’écriture. Et Louis, ça commence et finit par quelles lettres? — Ah, oui, évidemment.

Ainsi vont donc les paroles : chacun les croit soumises, plus ou moins, aux continus impératifs de son dire, et c’est d’elles-mêmes, le plus souvent, par une manière de réverbération intime, qu’elles dissertent à notre insu. (Le lapsus circulaire, p. 10)

À côté de chez nous, il y avait l’Institut des jeunes aveugles, avec un grand jardin et une magnifique roseraie. Tout petit, j’allais jouer dans le jardin, et, avec mon petit sceau et ma pelle, je ramassais des crottes de cheval dans la rue pour les donner aux rosiers. Ma mère ne voulait pas, car “ça ne se fait pas de ramasser des crottes de cheval dans la rue”, mais on m’avait dit que ça faisait du bien aux rosiers, alors je le faisais quand même.

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(extraits de Les mots dits – Jean Ricardou au fil des phrases, de Noëlle Riçœur, inédit)

(en annexe: Le lapsus circulaire – Jean Ricardou, publié aux Impressions nouvelles, 1988, épuisé)